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mardi 16 juin 2026

[ Entropologie de l'Eros ] Sixième âge

 Sixième âge de l'amour, où l'on saute à pieds joints sur les traverses. On finit par sortir d'une souffrance lorsque la douleur actuelle est plus grande que celle qu'on peut imaginer dans tous les futurs. Mais cela n'arrive jamais... Il existe toujours un ailleurs désirable... Mais ce n'est peut-être pas le cas de tous, et l'autre qu'on croyait un geôlier a décidé de fuir et de quitter la cage de nos remords. Il a fallu admettre qu'un reliquat d'amour brûlait encore un feu dans notre réservoir, et la douleur alors se fit encore plus grande, et si dévastatrice que le seul ailleurs plus enviable devenait le néant. On croit en Dieu lorsque l'on veut mourir sans en avoir la force. On se voudrait frappé par la foudre divine, évaporé sur place sans même un résidu de cendre témoignant de l'impasse.

En attendant il faut vivre: et comme toutes les vies c'est la suite inepte des gestes programmés de la survie qui s'égrennent mécaniquement, adaptée à l'environnement social qui fait le monde humain. Tout ce qui nous semblait impossible est à l'instant réalité. La fenêtre par laquelle on rêvait d'autres jours est devenu le ciel sous lequel on dérive. Et savez-vous à quoi l'on rêve désormais? De retrouver tout ce qu'on a perdu et qui constituait notre cellule, on rêve que le regard du geôlier nous emprisonne encore à son cœur et son corps, avec les mêmes lianes de ronces qui nous ont écorché à vif. On rédige sur de petits bouts de papier des vœux adressés à l'Univers en tant que Grand Aiguilleur du ciel. À force on ne sait plus qui l'on est, si tant est qu'on soit encore possible en tant que prétendue essence qui viole constamment la non-contradiction.

En fait l'autre avait raison, tout ce qu'on croyait sur soi n'était qu'un doux mensonge, chaque critique méritée... Impossible de se faire confiance à nouveau, des ruines qui subsistent on ôte les pierres, jusqu'à ce qu'il ne reste rien du moi qu'on croyait pourtant être. On ne se fera jamais plus confiance. On détruit son égo, on coïncide, peu à peu, à ce rien qu'on a toujours été. Il n'y a pas un jugement qu'on ait eu autrefois qui ne soit aujourd'hui non avenu. On se dissipe dans l'air marin qui devient plus tangible que tout ce que nous sommes. Les autres peuvent nous traverser, jamais plus personne ne nous heurte: il n'y a plus d'intériorité, nous nous sommes retournés de l'intérieur, nous sommes n'importe qui, nous sommes tout le monde, nous sommes le monde...

Sixième âge de l'amour, où  l'on ne croit plus en soi, car il n'y a plus de soi.