Troisième âge de l'amour, où l'on a conquis le temps.
Un jour il faut soigner la maladresse, les doutes dirimants et les fêlures qui entraînent sous les flots. Nous devons tous connaître l'aube après la brune, grandir sous la chaleur d'un astre capable de souffler la nuit dans les temps abolis, non avenus. Il faut apprendre à être un homme, comme toute chose en ce monde, et aucun raccourci ne peut mener au but. Le voile, tout doucement glisse du visage à nos pieds, et ce que nous voyons se dessiner dans le miroir de l'expérience n'est rien d'autre que l'avenir se tenant devant nous, maintenant.
L'autre n'est plus le film de rêves animés s'agitant sur la toile d'une timidité maladive: l'autre est cette liberté réelle qui nous élit chaque seconde, chaque souffle exhalé, qui hurle notre nom par grappes de phéromones, dessine notre théorème en vibrations acoustiques lancées vers la lune. Une âme allume une autre et l'on se sent plus libre à deux qu'on peut l'être soi-même, parce que tout ce qui érupte en nous de spontanéité jaillissante est adoré sur l'autel du désir, comme un puissant enthéogène. Il n'y a pas un regard alors qui ne soit un miracle plein de grâce. Deux incendies se lèchent dans une danse osmotique et c'est tout l'univers qui plie genou devant l'être qui croît: on est devenu, ça y est, un homme, la force incontestable d'une virilité furieuse et pleine d'elle-même.
Rien ne peut rendre pus ivre qu'une liberté déchaînée qui vous agrafe contre un mur avec sa langue inquisitrice, ses dents qui mordent dans la pulpe de lèvres entrouvertes, ses cheveux qui encadrent le centre élu du monde, l'aiguille de son regard qui vous perce la chair et l'âme. Et les vapeurs de ce corps qui retombent en mousseline sur vos pores pour ne plus vous quitter durant des heures, où fermer les paupières devient dangereux tant cela vous transporte en d'autres galaxies, tant et si loin de tout le monde inepte qui demeure en décor sur le bord de cette histoire. Alors on ferme les yeux au milieu d'une avenue pleine d'automobiles, et l'on avance sans plus regarder comme un saint crucifié par trop de transcendance.
Pour la première fois de sa vie on se sent digne de beauté, quelque chose, dans la structure de nos être, s'est redressé pour de bon, une fière verticalité nous érige en adulte sur le sol des autres, les autres qui, enfin, ne nous écrasent plus de leur vertige cyclopéen. Nous sommes un titan, incassable, un corps inondé de présence parce qu'idéalité. Deux libres âmes se récoltent dans une profusion de fruits où s'écoule un soleil, et toutes les ténèbres du Grand Vide ne peuvent éteindre l'incendie ravageant de lumière un coin presque ignoré du monde, un couple de destins.
Troisième âge de l'amour, où l'on est devenu soi-même en l'aube étincelante.
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