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mardi 16 décembre 2025

I don't need more

Dans une rue de cette ville

Enceint par les hauts murs

Sur un trottoir éraflé

Ce soleil où j'ai plissé mes yeux

 

Tant de fois j'ai couru

Brut, sans dommage

Nul besoin alors

D'être là secouru

 

Le soleil aux cieux doux

Pétille en mon vieux cœur

De toute cette enfance

Qui coule d'encre noire

 

Car tout fait signe ici

Vers cet ailleurs réel

Dans un wagon du temps

Que j'aime parallèle 

 

Je viens là en famille

M'enferme en la rue, seul,

Habite en des échos

De fantômes: un linceul

 

C'est la chaîne des nuits

Qui me ramène encore

À ce phare sémaphore

Où mon esquif affleure

 

Tant qu'on ne m'ôtera

Ce bon droit de visite

Et que joueront les notes

J'irai là m'exhausser

 

Ils pourront bien me voir

Contempler ce visage

Que nul ne saurait voir

Comme une vérité...

 

Qui peut tenir la clef

D'une âme autre que sienne?

 

J'ai chanté en silence

La chair, même issue de nous-même,

Est sourde à d'autres danses

 

Comme la marée dévore un littoral

J'abrite un océan d'éthanol inversé

Qui perce ma grand-voile 

 

Comprends-tu désormais

Pourquoi la destruction

M'est un ruban de ciel?

 

Infini, criblé d'incertitudes

Qui sirote ma sève

Verticale altitude

 

Il me faut vivre aussi

M'élever comme toi

Pour qui je trace des chemins 

Hors de la mauvaise ère

 

Je suis de l'autre espèce

Mauvais côté de la barrière

Cinq fleuves me font office

De réseau vasculaire...

 

Ma forme qui cherche la beauté

Passe par ces méandres:

Dans le flux de mes veines

Est un vent térébrant


C'est à ce prix vois-tu

Que je peux m'écouler

Sans finir asséché...

 

Mon âme a trop besoin des ombres

J'ai le tourment comme encodé:

Un circuit nucléaire

 

À me détruire je scintille

En des lueurs de firmament

Ne surtout pas durer plus que son temps

 

Filer plein feu vers le néant

Il n'y a bien qu'ainsi que l'on brille

Où brûlent les étoiles

 

En la poussière illimitée 

vendredi 30 avril 2021

Un pays contre une fleur

Du Limousin, il n'y a guère que la Haute-Vienne qui m'ait été accueillante. La Corrèze et la Creuse ne furent, eux, qu'un dégradé de purgatoire à l'enfer. Je m'y suis, pour ainsi dire, inhumé en moi-même. Je crois que rien ne me relie à ces lieux si ce n'est la souffrance d'une soif inextinguible de nutriments pour mon âme, un besoin de connivence et de plaisir entre une terre, les gens, et moi. La France, qui n'était pourtant pas un pays totalement étranger, s'est pourtant avérée aussi exotique et déroutante pour moi, que le sont les sables du désert saharien pour de pauvres sédentaires.

La Corrèze aura été un lit de mort, celui d'une existence heureuse, et peut-être innocente; une existence où ma conscience n'avait pas atteint ce sur-développement qui la caractérise aujourd'hui dans sa pathologie. Je n'avais pas besoin d'être si tourné sur moi-même: le monde, avant, était chaleureux et les gens de là-bas m'étaient compréhensibles et aimables, nous étions semblables, au fond, sur tant de points essentiels. La Corrèze aura tranché tous ces liens, chacune de ces radicelles qui m'implantaient dans une histoire, un biotope, furent violemment coupées et offertes à la pourriture du ressassement et de l'incurable nostalgie. Cet arrachement a fait de moi l'éternel exilé que je suis, apatride et presque acosmique. Pour survivre, il me fallut trahir ce que j'étais, il me fallut me recommencer sur de nouvelles bases et accepter de vivre, désormais, dans une incurable duplicité. Les liens que j'ai créés à ce moment là, les branches de moi-même qui ont crues, semblent parfois entités étrangères, de nouveaux êtres qui peuplent cet espace vacant de mon identité, ma colonie disparate.

La Creuse fut quant à elle un deuxième arrachement. Elle m'ôta encore une fois de l'océan atlantique, dans les profondeurs duquel gît une part de cette vérité que je rechercherai toujours. Cette terre n'a de mérite à mes yeux que d'être le désert sur le fond duquel une seule personne reluit dans mes cieux, précieuse par delà toute détermination. Comme si toute la sève d'un territoire s'était concentrée sur un seul être, avait abandonné la multitude médiocre pour produire une fleur, au sens étymologique du terme, qui contiendrait en elle toute la lumière des jours les plus beaux. Et moi qui veut partir, quel droit aurais-je d'arracher cette fleur pour l'emmener ailleurs avec moi?