mercredi 18 février 2026

Rêve du nanophyte

 Le monde est un vaste écran, on y projette en permanence nos propres récits, nos fictions, qu'on aime appeler des possibles. Affalé sur un canapé, plongé dans les ondes acoustiques d'une amérique victorieuse, bombardé d'une filmographie impériale et qui exporte par train d'ondes ses représentations du monde, son mode de vie, ses dogmes, je pense à ce qu'aurait pu être ma vie. À ce qu'elle aurait pu être si seulement mes parents, sur qui je rejette lâchement la faute, avaient su voir en moi le potentiel que je me convaincs trop souvent y déceler. C'est précisément ce potentiel qui me fait contempler sur l'écran au carré des surfaces physiques, les destins que je n'aurai pas su tracer. Sis dans cet échec qui est le mien, conscient de mes quelques facilités, de mes quelques talents, je constate la vacuité de mes friches. J'ai laissé pousser ici tant de ronces que j'en suis resté prisonnier. Combien de canopées auraient pu nourrir ce sol?

La discipline est tout ce qui m'aura manqué, l'abnégation aussi. Mais je me suis vautré dans l'individualisme contemporain, capitaliste, celui du consommateur dont le seul horizon est l'infâme -- et infirme -- liberté claudicante qui ne sait se ruer que vers ce qui est assez bas pour être saisi par l'argent et la facilité. Il aura fallu tout le gâchis d'un destin, tout le gribouillage d'un possible ainsi nié pour prendre un tant soit peu conscience du saccage. Mais il aura fallu, surtout, cet enfant qui est désormais la responsabilité de mon âme, lui qui me fait être hors de moi-même, lui qui me fait mesurer ô combien le centripétisme de l'individu est une impasse mortifère, contre-nature, combien les vies d'aujourd'hui sont le chemin d'une nature qui se renie -- et se soigne comme elle l'a toujours fait: en détruisant les cellules infectées.

Je trouve mes contemporains laids, du moins ceux qui me ressemblent: nous sommes laids dans nos désirs de grandeur individualiste, dans nos pléonexies spoliatrices, dans nos désirs mimétiques d'être adulé, dans notre être. Notre essence même est une contradiction qui s'efface, peu à peu, un interminable occident. C'est normal, on suit le soleil couchant, jusqu'aux derniers rayons, rêvant d'une journée infinie, ou plutôt, d'un crépuscule languissant que l'on pourrait siroter au comptoir rougeoyant d'un désastre, distillant sa signification évidente: repos maintenant! repos, là, repos... On aura passé nos vies à chercher ce repos: dans la jouissance saturnale, éthylique, spectaculaire, dopaminergique, stupéfiante -- combien de noms pour ces torpeurs passives...

Je regarde donc ces fantasmes de naufragé, ces rêves de grandeur depuis ma petitesse nanophytique. Mais au final, si les choses avaient été différentes, aurais-je encore voulu des rêves qu'aura su faire germer la glèbe de cette anonyme agonie? N'est-ce pas l'époque qui rêve à travers moi cette fausse verticalité qu'est la gloire? que tous nous désirons pour nous-même afin de pouvoir être fiers, incroyablement fiers, d'excéder de quelques centimètres la flore épigée des congénères? Le nain rêve d'être géant, voilà tout. Au final le gâchis que je représente ne relève de la responsabilité de personne hormis la mienne et peut-être ne relève-t-elle pas même de ce moi qu'on phatasme un peu, qu'on croirait même palper tant les mots l'empaquettent. C'est la nature même du désir d'aspirer au grand Autre, et de planter dans la plus grande altérité les germes d'un bonheur interdit: l'idée qu'il existe un chemin où chaque pas est un exploit accompli.

Et pour celui qui réussit, l'échec est-il aussi la source d'une infuse nostalgie? celle de ceux qui vivent l'avenir comme un passé révolu.

Entropographie

 Un cheveu de cuivre traverse mes souvenirs. La gaine enveloppe une information céleste, ondulatoire. Quelque chose dans l'air signifie quelque... vérité. Mes yeux la voilent et l'esprit s'oint d'intuitions.

Quel genre de vérité est le mensonge qui apparaît comme tel?

Un cheveu de givre, sur ma langue embrasée. Le froid absolu du cœur du monde parcourt mes artères. Au fond du grand Univers le néant. Un grondement au loin -- qui ronge mes silences.

Je crois qu'au fond, c'est dans l'essence des civilisations, comme une forme de vengeance du minéral. Ou bien sont-elles d'étranges formes de vie jaillies d'un vide cosmique, et qui se brisent comme des vagues à nos pieds.

Tiendrons-nous debout plus longtemps?

J'aurais voulu que mon ego capitule, qu'il offre à la Beauté ce passage. Vendre son âme en somme et, toujours, substituer l'inerte au vivant, que tout inorganique soit biographie.

Lorsque le dernier souffle sera buée figée sur la vitre des choses, qui sera là pour lire?

Oh Méduse insensée, statues de l'entropographie.

Va désir, électronise l'âme. Minéralise la durée en ce grand livre que nul ne pourra lire. 

vendredi 23 janvier 2026

Les deux humanités

 Toute ma vie d'homme, je l'aurais passé déchiré entre la vie du corps et celle de l'esprit. L'une me procurant des bonheurs animaux, ceux de la coïncidence parfaite, de l'identité, du présent. L'autre celle de la puissance, de la facilité presque mécanique de dérouler une logique qui semble infuser dans mes veines. L'une qui m'étale à la surface des jours, bâtit un corps éclatant de santé, un soleil de vitalité contenue. L'autre un éclatement d'univers, une expansion permanente de l'être, un vertige incomparable, la verticalisation effrénée qui fait de tout instant un départ, de chaque souffle, celui d'un embrasement de l'âme, la production d'un monde infini. Dans l'un, le corps doit périr, corridor de poisons oniriques, émonctoire par où circule d'incandescents tourments. Dans l'autre, le silence d'une âme aphasique, passive et créée, le lent roulement des jours qui passent et forment les anfractuosités d'un destin. Le bonheur est cette absurde croyance qu'il existe entre les deux ce curieux équilibre, encore inouï.

Toute la civilisation s'est bâti sur une névrose: celle de préférer le sacrifice de notre nature au profit de cet art caché d'ourdissage des mondes. La culture glorifie les âmes damnées, les écorchés pressés dans le ciel, comme la griffure de l'âme qui réfute la chair. La culture est une pulsion de mort, mais quel abîme de lucidité où se perdre! Quelle secrète élévation qu'une âme qui s'échappe des prisons de monde pour se faire dieu clandestin qui secrète le tout: une monade oubliée sous la mansarde d'un poème.

Dois-je rendre mon corps plus malade? Est-ce qu'une seule de ces perles vaudra le coup de tout rendre? 

mardi 16 décembre 2025

I don't need more

Dans une rue de cette ville

Enceint par les hauts murs

Sur un trottoir éraflé

Ce soleil où j'ai plissé mes yeux

 

Tant de fois j'ai couru

Brut, sans dommage

Nul besoin alors

D'être là secouru

 

Le soleil aux cieux doux

Pétille en mon vieux cœur

De toute cette enfance

Qui coule d'encre noire

 

Car tout fait signe ici

Vers cet ailleurs réel

Dans un wagon du temps

Que j'aime parallèle 

 

Je viens là en famille

M'enferme en la rue, seul,

Habite en des échos

De fantômes: un linceul

 

C'est la chaîne des nuits

Qui me ramène encore

À ce phare sémaphore

Où mon esquif affleure

 

Tant qu'on ne m'ôtera

Ce bon droit de visite

Et que joueront les notes

J'irai là m'exhausser

 

Ils pourront bien me voir

Contempler ce visage

Que nul ne saurait voir

Comme une vérité...

 

Qui peut tenir la clef

D'une âme autre que sienne?

 

J'ai chanté en silence

La chair, même issue de nous-même,

Est sourde à d'autres danses

 

Comme la marée dévore un littoral

J'abrite un océan d'éthanol inversé

Qui perce ma grand-voile 

 

Comprends-tu désormais

Pourquoi la destruction

M'est un ruban de ciel?

 

Infini, criblé d'incertitudes

Qui sirote ma sève

Verticale altitude

 

Il me faut vivre aussi

M'élever comme toi

Pour qui je trace des chemins 

Hors de la mauvaise ère

 

Je suis de l'autre espèce

Mauvais côté de la barrière

Cinq fleuves me font office

De réseau vasculaire...

 

Ma forme qui cherche la beauté

Passe par ces méandres:

Dans le flux de mes veines

Est un vent térébrant


C'est à ce prix vois-tu

Que je peux m'écouler

Sans finir asséché...

 

Mon âme a trop besoin des ombres

J'ai le tourment comme encodé:

Un circuit nucléaire

 

À me détruire je scintille

En des lueurs de firmament

Ne surtout pas durer plus que son temps

 

Filer plein feu vers le néant

Il n'y a bien qu'ainsi que l'on brille

Où brûlent les étoiles

 

En la poussière illimitée 

vendredi 12 décembre 2025

Problèmes aristotéliciens: l'amitié

Les références sont indexées sur l'édition GF du texte, traduction de Richard Bodéüs
 

Présentation de l’amitié


Aristote essaie de dépasser les apories exposées par Platon sur la notion d'amitié, et il ouvre l'extension de la notion d'amitié à tout un ensemble de relations diverses (relations commerciales, relations politiques, relations familiales, etc.). Dans l'Éthique à Nicomaque (VIII, 2), il commence par poser trois conditions nécessaires qui caractérisent l'amitié et servent de base pour une définition. D'abord il affirme que l'amitié est une relation fondée sur la bienveillance: il s'agit de vouloir le bien de l'autre. Bien entendu, une telle condition ne suffit pas en ce qu'on ne peut qualifier d'amitié un sentiment de bienveillance à l'égard de quelqu'un qui nous hait (contradiction soulevée par Platon dans le Lysis). Il faut donc une autre condition qui ne fasse pas de l'amitié un lien unidirectionnel, parfois même secret, qui unit un être à un autre. La deuxième condition que pose Aristote est donc la réciprocité: il est nécessaire que celui à qui je veux du bien, veuille aussi mon bien. Ce n'est qu'ainsi qu'on peut sortir des contradictions pointées par Platon qui pourraient mener, par exemple, à nommer amitié, le sentiment que quelqu'un nourrit secrètement envers un autre qui l'ignore. Mais cela ne suffit pas car, si l'on s’arrêtait à ces deux seules conditions, nous nous trouverions dans une situation où deux individus pourraient nourrir de la bienveillance l'un envers l'autre sans même le savoir. Imaginons, par exemple deux collègues de travail, qui ne se connaîtraient qu'assez peu mais ressentiraient a priori une forme de camaraderie l'un envers l'autre. On ne saurait parler ici d'amitié puisque les deux collègues pourraient très bien ne pas s'adresser la parole, s'observer à relative distance et s'apprécier sans que ni l'un, ni l'autre ne le sache... Curieuse amitié. C'est pour cette raison qu'Aristote pose une troisième et dernière condition: la conscience de l'inclination de l'autre. Il faut que les individus sachent que l'autre leur veut du bien et inversement. Ce n'est qu'alors que peut s'établir, en pleine conscience, une relation basée sur la confiance et que chacun se sente une partie d'un tout (la relation) qui les inclut.

Aristote explique plus loin (Ibid., VIII, chap. 3, 4) qu'il existe deux sortes d'amitié: l'amitié accidentelle qui se caractérise par le fait qu'on aime autrui pour ce qu'il nous apporte et non pour lui-même. Autrement dit l'ami est un moyen d'atteindre une fin, la relation est en ce sens instrumentale : elle ne prend pas son sens en elle-même mais en l'objet visé qui peut être double d'après le stagirite: l'utile ou l'agréable. Une amitié accidentelle basée sur l'utilité serait, par exemple, celle d'une personne de la famille qui vous aide à obtenir du travail grâce à ses relations. Une amitié accidentelle basée sur le plaisir est, typiquement, la relation entre deux amants se procurant l'un à l'autre du plaisir. Il faut noter qu'une relation peut être cultivée en vue du plaisir dans un sens et en vue de l'utile dans l'autre sens (par exemple le jeune homme qui couche avec des femmes mûres non par goût mais pour les avantages qu'il en retire est donc lié par l'utile, tandis que la femme mûre qui prend plaisir à l'acte charnel avec un joli corps est liée par l'agréable).

Ensuite, existe un autre type d'amitié nommé essentielle ou achevée qui se caractérise par le fait que chacun est aimé pour lui-même, en son essence. Nous reviendrons là-dessus plus tard. 

L'amitié est aussi une relation qui requiert une forme d'égalité (Ibid., VIII, chap. 7). Si, par exemple, quelqu'un retire une grande utilité d'une relation, de manière asymétrique, alors il devra, d'une manière ou d'un autre, donner quelque chose (de l'honneur par exemple) en excès, afin de rétablir la balance. Cela dit, l'asymétrie qui caractérise certaines relations rend impossible cette égalité: c'est le cas, par exemple dans la relation qui unit un Dieu à ses fidèles. Dans ces cas-là, il n’est plus loisible de parler d’amitié.



Première contradiction : la compétition pour la vertu


C'est au livre IX que vont émerger certaines contradictions qu'il s'agit de mettre en lumière. Il existe une première tension dans le fait que l'amitié véritable, essentielle, implique l'altruisme, les véritables amis sont "ceux qui souhaitent du bien à ceux qui leur sont chers dans le souci de ces derniers" (Ibid., VIII, 2). Toutefois, après avoir dit cela, le stagirite affirme que l'amitié pour autrui dérive de l'amitié pour soi-même (philautia): "Les marques amicales qui s’adressent aux autres et qui permettent de définir les formes d’amitié proviennent apparemment des attitudes que l’on a pour soi-même" (Ibid., IX, 7.1). Ainsi, on commence à entrevoir que ce qu'on aime véritablement chez autrui n'est peut-être rien d'autre que le reflet de soi qu'on y entrevoit... Mais Aristote va enfoncer le clou en distinguant deux formes d'amour de soi: la pléonexie qui définit celui qui cherche à s'attribuer plus de biens que les autres (tels que les biens matériels ou les honneurs) et l'amour de soi qui consiste à vouloir pour soi le plus de vertu possible: "Car supposons quelqu'un qui s'empresse toujours de passer lui-même avant tout le monde pour exécuter ce qui est juste ou ce qui est tempérant ou n'importe quoi pourvu que cela traduise la vertu; et, supposons quelqu'un qui, en somme, revendique toujours pour lui-même la beauté du geste: personne n'ira dire de l'intéressé qu'il cultive l'amour de soi et personne n'ira le blâmer. Pourtant, on peut penser que c'est plutôt chez ce genre d'individu que se trouve l'amour de soi. En tout cas, il se réserve à lui-même le plus belle part c'est-à-dire ce qui est bon au suprême degré." (Ibid., IX, 7.4.3.1-2)

Aristote confirme cette tendance de l'ami vertueux à se réserver la plus belle part un peu plus loin (Ibid., IX, 7.5): "Car il est prêt à sacrifier ses richesses, honneurs et en général tous les avantages qu'on se dispute, pourvu qu'il puisse revendiquer pour lui-même la beauté du sacrifice. [...] Car c'est ainsi que vont les choses: à l'ami les richesses, et à soi-même ce qui est beau. Donc, le plus grand bien, c'est à soi-même qu'on le réserve." On note ici que l'ami vertueux rentre presque en compétition avec son ami, sa grandeur d'âme demeure calculée, ce qu'il cède à autrui, il le récupère en dignité morale, cette "plus belle part" qu'on se réserve à soi-même... Le sacrifice est donc toujours une manière de renvoyer à soi-même, de se réfléchir à travers l'abnégation en s'élevant plus haut que cet égal qu’est l’ami.

On peut alors se demander si les amis ne sont pas des égaux parce qu'ils sont chargés d'apparaître, à nos yeux, estimables, dans l'exacte mesure où cette valeur permettra de magnifier nos propres actions, actions susceptibles de nous hisser encore un peu plus haut que nous-même, et donc qu'eux. En ce sens, il semble que nous soyons précisément dans une relation d'amitié accidentelle fondée sur l'utilité: celle de pouvoir contempler à travers l'ami sa propre valeur morale, confirmée voire sublimée, et de l'utiliser pour rivaliser de vertu et se tailler, à soi-même, la part du lion: "[...] nous sommes malgré tout mieux en mesure d'observer les autres que nous même et leurs actions plutôt que nos actions personnelles" (Ibid., IX, 8.3.2).



Deuxième contradiction : aimer la vertu plus que l’ami


Mais ce n'est pas tout: une deuxième contradiction, peut-être plus profonde, se fait jour à travers l'argumentation du philosophe. D'après sa définition de l'amitié achevée, celle-ci consiste à aimer une personne pour ce qu'elle est. Le problème étant que pour Aristote, l'identité d'un homme est son essence universelle, elle n'est pas ce qui fait qu'il est un être unique (sa matière par exemple son idiosyncrasie accidentelle), mais elle est une construction par une disposition (hexis), c'est-à-dire l'habitude acquise d'agir de telle manière, la sédimentation des actes passés, une disposition rationnelle à s’orienter vers le bien. Ainsi le désir délibératif qui est ce vers quoi l'individu va tendre, ce qu'il va choisir de faire, est fondamental dans la constitution de l'identité, or ce désir délibératif est précisément ce que vient qualifier la vertu en tant que juste milieu dans le choix. La vertu est une disposition décisionnelle, une manière de choisir.

C'est donc cette manière de choisir que l'on aime en l'ami, cette tendance à choisir en chaque chose le juste milieu qu'on nomme vertu. Mais ce qui permet à l'homme de choisir le juste milieu, c'est la raison calculatrice qui produit la prudence comme sa fonction. Or c’est bien là que gît l’identité de l’individu en tant que personne morale. Si l'identité de l'ami est la vertu, c’est-à-dire une pure fonction, une disposition à choisir le juste milieu, alors, précisément, nous aimons une qualité universelle et non un être dans sa singularité. Par conséquent l'amitié est impersonnelle, ce que nous aimons chez l'ami c'est un idéal, une idée, la vertu, celle-la même que nous retrouvons en nous, à laquelle nous pouvons nous identifier. Or si l'on peut s'identifier à son ami via une qualité, c'est précisément que cette qualité est impersonnelle, qu'elle est commune, potentiellement universelle car propre à tous les hommes. Ainsi Aristote ne peut éviter de retomber dans les limitations exposées avant lui par Platon. Nous n’aimons pas l’ami pour lui-même, mais pour ce qu’il est qualifié par une disposition vertueuse, une disposition ancrée à choisir le bien mais est-ce là où gît la véritable identité d’une personne ?

jeudi 27 novembre 2025

Dipsomanie

 Qu'ai-je à faire, au fond, de détacher de moi des lambeaux de mon être en ces désirs lagéniformes. C'est une mauvaise fée qui s'est penchée sur mon berceau et qui de la pulpe d'un doigt, m'a fait malade à vie. Ce ne sont que promesses d'au-delà qu'un dipsomane avale, en passant au napalm cette chair qui se cache. L'intérieur est ce qui est le plus accessible, et des poisons sucrés tapissent mes muqueuses, déciment par batteries le biotope qui bruisse dans les cales -- d'une vie qui, peut-être, est le seul auteur des destins...

vendredi 24 octobre 2025

J'adore un dieu Néant

Il reste tant à élucider en la cendre noire des souffrances... Je me suis pris d'amour de mourir alors à quoi bon reculer... maintenant. Maintenant que la brûlure est partout, dansante sur les murs, accrochée à mes cieux, lovée au creux du cœur, radiant de mes regards -- et met le monde en flamme.

Il faut vivre un peu pour comprendre. Qu'il n'y a rien à comprendre; que les gens sont minables parce que la douleur se projette alentours, parce qu'il FAUT, parce qu'on DOIT exprimer le tourment, et que toute âme ahane sur un rythme effréné l'impondérable solitude des consciences, l'idée -- qu'on n'ose regarder bien en face -- que l'homme est un enfer.

Mais il est de ces êtres en qui l'embrasement génère une violence qui se tourne en-dedans, implose l'âme en peine, et creuse et fore un lourd trou noir. Et c'est alors un double-enfermement redoublant la conscience, l'horizon du tourment ravale la lumière, et le train des lueurs circonvolute, vain, en des signes du Beau observé par soi-même. Et qu'on se hait alors, dans ce palais hyalin où tout se réverbère, où toute la lumière ramène au centre impossible de soi.

Heureusement que la souffrance est là, éternelle, un néant sur fond duquel émerge tout l'être qui déborde en des larmes de mondes -- ces mêmes mondes où de petites lueurs d'âme grouillent, s'entrechoquent et se dévorent de solitude et de tristesse. Ô combien je comprends les dieux, les cris de l'agonie produisent, quand on les capte au bon moment, sous le bon prisme sensoriel, d'incomparables harmonies. Nous sommes tous dans cet enfer cosmique pour jouer notre partition, et tous nos cris forment une symphonie qui justifie toutes les peines, toutes les déchirures du temps, la pourritude qui ronge, l'amour qui s'évanouit dans un éclair de vérité -- le vertige indicible de regarder le temps délier tous les nœuds des choses et des êtres... 

Il fallait que tout ça arrive, autrement... Autrement point d'entropologie, point de chantiers dévastés où demeurent plantés dans le sol du néant la teratographie de ceux qui s'essaient à créer. Des rangées de monstruosités difformes, polymèles, acéphales, et parfois qui vous crèvent le regard, même paupières fermées, tant est si beau l'élan des humains qui s'entraiment. Parmi les hommes combien s'immolent à ce désir de s'unir à autrui, de percer la cloison, s'aboucher à une âme, s'absoudre des pêchés qui nous rivent aux braises, décollent notre peau, nous font  errer à vif?

J'ai beau me plaindre je ne changerais pour rien l'ordalie qui lie mes lettres l'une à l'autre en cousant un linceul de mots: qu'il devienne ma peau, il a au moins pour lui de ne pas emporter la saleté de la vie, l'odeur de la chair, la maladie qui dévore. Les mots ne sont rien et pour cela ils sont mon idéal, ce que j'ai toujours rêvé pour moi-même sans pouvoir l'accomplir. 

Ce soir je me perds encore un peu dans le dédale de ce pays sans borne, je frotte ma peau aux épines qui percent l'épiderme se gorgeant de mon sang comme une plume d'encre. C'est de ma vie, de ma joie, de toute cette vaine formation d'unité que j'écris ma nature -- ma vraie nature, pas cette parodie d'existence qu'est la vie animale où tout se fond dans l'oubli minéral. Non je parle de la vraie nature qui est de se dissoudre à devenir idée, signe. Je parle d'une mutation plus radicale que celle du génome, capable de résoudre l'équation, d'offrir le résultat si beau du rien, du zéro qui contient l'infini.

Je cherche à me défaire de moi et pour cela je nage en la souffrance, yeux grands ouverts, j'observe les abysses où meure la lumière. Je veux m'éteindre, comme elle, dans l'horizon lointain, là où tout n'est qu'idée de tout ce qui n'est pas -- pas même pensable, pas même infinitésalement possible.

J'adore un dieu Néant, car il est la seule chose à mériter le pieux nom d'Être.

Et laissez-moi me vanter, laissez-moi vous dire à quel point je suis différent de vous; vous qui trouvez en vos vie du sens, vous qui aimez le monde et gardez bon espoir. Votre regard ne passe pas le voile, ne sait voir en l'abîme. Et oui je prétends moi mieux voir, laissez-moi donc tourner en avantage ce qui est anathème.  Il faut bien justifier un tant soit peu ce que l'on est, et puis faire croire aux gens que c'est un don unique, inestimable, que de voir à toute heure l'ombre manger le jour. Car je regarde la lumière, et l'ombre la domine: au cœur et tout autour... Voilà ce que saisit mon âme, voilà ce que veulent empoigner mes mains qui crachent, comme incisions sur le réel, la forme sombre des mots.

J'adore un dieu Néant -- pouvez-vous seulement imaginer à quoi il ressemble? Pouvez-vous concevoir un néant? Je n'ai pas d'autre but et point d'autres élans. J'adore un dieu Néant.

J'adore un dieu Néant. 

samedi 4 octobre 2025

Circuit imprimé

 Je suis câblé pour la souffrance: l'équilibre du tourment est mon moyen de ne pas mourir -- dans un néant d'ataraxie. Boire est un destin. Le poison dépresseur coule en mes veines comme une essence de beauté. Tout, je dois tout transformer; des plaies sanieuses de l'existence ourdir un lot de Galatées. Qu'une prose mellifère coule des étoiles sur les brûlures du monde en flamme: c'est à mon cœur d'éponger la laideur pour devenir l'étoile pulsatile du Nord -- au creux d'autres poitrines.

lundi 18 août 2025

Générations

 Il n'y a pas qu'en soi que la maladie naturelle érode la substance: partout, dans le noyau des autres, est logé ce ver entropique rongeant à la source les lueurs qui chercheraient à naître d'âmes enclines à vivre. Les amis qui enfantent, ne le font qu'au prix de la plus grande déliquiscence: on les voit abdiquer devant tout ce qui s'érige et affirme contre l'érosion du temps. L'enfant devient le prétexte à abandoner les corps à la saleté et au pourissement, on laisse le monde nous engloutir et digérer sans plus avoir, au contraire, la force de l'assimiler. Donner la vie c'est aussi bien souvent la perdre, se tasser sur le tapis végétatif de sa nature, et voir mourir et s'user les jardins suspendus de toutes les Babel qu'on avait édifiées.

On peut manger, certes, mais d'une obésité morbide qui sédimente une à une les fractions de graisse où s'enkystent, bien abrités, la cohorte lyposoluble de toxines cancérigènes, arrosée d'un alcool qui devient le tuteur qui nous maintient debout. L'enfant dévore le quotidien, la toile patiemment ourdie, il incarne la vie qui croît à partir de sa source, par incorporation et dévitalisation des matrices originaires vouées à se dissoudre dans la flambée métabolique de son développement naissant.

J'ai cru mourir d'élever la vie mais ce que j'ai entrevu chez les autres de renoncement et de résignation, témoigne de la terrible puissance qui brûle encore en moi. Les sombres flammes de ma volonté sont encore capables de dévoration dévastatrice et si la vie s'élève et rampe sur mes rameaux, le tronc noueux de ma vaine existence concentre en lui la sourde densité d'une implosion stellaire.

Pousse germe: tu t'élèves sur ce glaive effilé qui veut planter le ciel et remplacer l'azur par le sang de la nuit -- pour y tracer, luminescentes, les formes d'une prose lactée.

vendredi 25 juillet 2025

Aphorisme de l'allodesmie

 Il faut les étouffer les gens comme moi, sinon ils crèvent de leur propre vacuité. Si on ne harponne pas chacune de leurs secondes par le tribut de l'attention et du regard d'autrui, par une incalculable dette envers les êtres et les choses, alors ils percent tout instant de mille abysses insondables, criblant les minutes d'un vide qui renvoie l'écho débilitant du rien qui s'observe.

Aux âmes languissantes

 Poursuivre l'ourdissage de l'œuvre à travers la calligraphie de l'âme peut désormais se faire sans la notion du moi, de cette identité qu'on cherche en ce reflet d'un style. On peut attacher la même valeur à ces formes qui séduisent sans pour autant soumettre la démarche à la saisie du moi. Il doit être possible de témoigner d'un degré d'obsession toujours aussi élevé quand bien même il ne s'agirait pas de soi, mais simplement de tracer les formes de ce Beau qui fait la clef de nos rêves -- l'espoir d'une valeur pour éclairer le vain mécanisme des choses.

On peut véritablement vivre sans l'idée d'un égo, sans que cela ne change grand-chose dans le déroulement de ce rendez-vous manqué du destin. Il n'y a pas de rendez-vous. Il n'y a que l'exécution d'un écheveau de lois qui fait d'un être le miroir de l'Être qui se mire et se divise afin d'être moins seul.

Le néant est la seule compagnie de l'Être. Je chemine au creux du néant, sans cesse renouvelé. Je suis le sans-identité, sans-substance, celui qui toujours observe ce qui ne saurait être lui: la condition de possibilité du Même et de l'Autre.

Lorsque j'ai cru vouloir me transsubstantier en un lacet de mots, je n'avais pas compris alors que tout ce que je désirais, ce n'était déjà plus être, mais pouvoir contempler encore, toujours plus, cette beauté des astres où j'ensorcelle mon regard  -- ô sommet de Babel, horizon-miroir du verbe.

Je ne cherche plus à exister mais à graver d'interminables calliglyphes les cent milliards de cahiers de mon âme -- et que tout ce qui vaque autour de moi, encore dépourvu de mon signe, se trouve sidéré tel un profond minuit de voie lactée.

Désirer s'abolir... et vider la lueur des cieux pour l'y celer en prose aphoristique; que toute la lumière du monde se love en mon poème -- qu'il me fasse univers, ainsi qu'à tous les déroutés du monde, gyrovagues acosmiques que les dogmes d'une science naturalisée ennuient.

Je produirai la houle d'océans innombrables pour que jamais, jamais plus, cette soif qui nous ronge, et néanmoins nous porte par-delà le même, ne trouve un refuge où s'abreuver sans s'éteindre.

Que toute ma durée soit ivresse du présent aux âmes languissantes. 

lundi 7 juillet 2025

Cours préparatoire

À mes yeux, je sais qu'un jour viendra... tu seras chose unique, embrumée de lumière, en halo singulier dans le ciel obscurci. Un jour... Toutes les étoiles déchues des nuits spatiales te seront un décor pour allumer un feu -- en moi. Il n'y aura plus que toi, et chaque geste de la vie, les actions commandées, l'énergie consentie, seront tous les prétextes à emprunter les ponts menant vers ta clarté.

De mes premiers regards sur tes formes d'éthiops les choses n'ont pas changé; j'avais trouvé la forme pour me pétrifier d'éternité, c'était si clair et si soudain: j'avais élu l'entrelacs de tes bras pour y saisir une âme à laquelle aspirer. Car aimer c'est vouloir se dissoudre en l'objet contemplé.

Les femmes que j'ai aimé furent les femmes que j'étais; mais il y avait encore trop de nature en elles, et je pouvais, par là, me passer de l'histoire. À travers toi, par contre, c'est bien l'œuvre des hommes qui m'élève à l'extase. Et je sais désormais que je suis bien humain à mesure que mon âme imprime en l'usine des jours ce poème où j'inhume un feu de ma durée.

vendredi 4 juillet 2025

Métaphore de la conscience

À mesure que l'on vieillit s'ancre plus profondément la certitude vécue que l'on est seul, absolu car ignorant des autres. Les anciennes relations se reconfigurent sans cesse, délitant des liens qu'on croyait établis -- mais qu'est-ce qui, réellement, peut prétendre à l'être?

Les nouvelles relations, quant à elles, sont plus friables que les pâtés de sable océanique, ils offrent l'illusion du grandiose et du solide, mais vivent le temps d'une marée. À force d'en engranger puis de les voir s'effriter, on cesse de pourchasser les nuages, et, l'espoir fait place à la méfiance qui cède la place au scepticisme.

Peut-être alors, se rend-on compte qu'on n'est plus si aimable qu'on croyait, qu'on a perdu ce quelque chose qui réchauffait les cœurs, qu'on est devenu tellurique: on a vêtu son nu noyau.

Il faut prier alors que tout ce que le temps a bien solidifié ne s'érode pas comme le reste, que demeure quelques stalactites philiaques capables de construire et de consolider à rebours du naufrage qu'est tout destin.

Que la caverne de ses quarante ans est nue... hantée par d'échevéennes réverbérations invoquant tous les spectres d'un passé dilaté au point d'être gazeux.

Voilà ce qui reste des autres, un nuage gazeux que l'immense abjecte masse de notre égo capture en son orbite pour y nourrir la fission atomique d'une âme centrifuge -- et par là-même tuminescente.

L'âme un chantier détruisant tout pour son néant -- le trou noir métaphore de toutes les consciences. 

mercredi 25 juin 2025

Ataraxie

Refermer les crocs térébrants de rage sur le rien de sa miserable vie ne saurait éclairer de sens le prosaïsme ambiant et la médiocrité. On ne contrôle rien et cela nous écrase toujours un peu plus sous une masse grandissante de frustration -- mais cette frustration ignore qu'alors la vie serait peut-être encore plus odieuse...

Si les crocs aiguisés par l'acte automatique d'affutage qui pousse un homme sans espoir à décupler sa puissance pouvaient, ne serait-ce qu'une seule fois, s'enfoncer dans la chair de quelque chose, d'un morceau de substantielle réalité, alors peut-être que le monde porterait la marque de notre révolte, mais peut-être, aussi, tracerions-nous sur notre propre épiderme les cicatrices d'une auto-dissolution programmée, d'un anéantissement de soi -- car c'est là, peut-être, le seul accès connu au bonheur, la véritable ataraxie.

Exhaustion

Ai-je dit ce que j'avais à dire? Ai-je exhalé à travers le filtre des mots l'âcre fumée de mon âme et ses volutes intranquilles? Je ne saurais le dire. Il m'arive parfois, de me sentir poussiéreuse bibliothèque aux couleurs sombres, surrannées. Le bois verni cotoyant le vert pur du cuir de fauteuils et d'abats-jours en verre fumé. À travers les rayons obliques d'un soleil diaprant le sol, je m'ébats dans le flottement lénifiant de particules suspendues -- celles-là même qui furent l'analogie propitiatoire à l'ontologie atomiste. Il n'y a personne en moi, je suis cet édifice, enceinte du silence où seule se meut la part inorganique du monde.

Je n'ai rien à dire. Je l'écris tout de même: on n'écrit jamais mieux que ce qui ne se peut dire. Je suis vide de toute connaissance et mes rayons portent en eux les couches superposées du savoir dépourvu de conscience: toute la science n'est qu'arabesques et ondes acoustiques.

Mais tout discours n'est-il pas seulement ça? De quel droit nommé-je ces pages un journal?

La forme, le fond: des propriétés émergentes.

mardi 24 juin 2025

Aséité

L'expérience du vide est cathartique. Elle dérègle tous les sens parce qu'elle annule en l'homme l'élan de tout comprendre, de tout déterminer par projection de cause finale. La vie s'écoule, inane pour la conscience inexorablement sémantique. L'être biologique est seul victorieux, se dressant sur le passé de l'ascendance par toute la vérité de l'organisme qui métabolise et croît sans autre but que son plein développement -- si ce n'est sa transmission. L'organisme appartient à la vie, il est régi par un principe dont on peut tant soit peu saisir les ressorts grossiers. La conscience, quant à elle, ne sait trouver son principe, elle ne fait que perdre récursivement la trace d'une origine et d'une fin et c'est pourquoi, dès lors qu'elle cherche à se saisir, advient en elle le vertige par lequel s'écoulent les cadres de la métaphysique -- et tout, alors, n'est plus que temps, aséité abolie.

Spondanomancie

J'écris pour projeter dans le monde autre chose que ma pathétique et vieillisante carcasse. Il m'a été donné de jeter mondainement des parties de cette vie biologique qui ne veut rien dire: j'ai donné du plaisir, expulsé violemment le code source d'un programme dont je ne suis que l'insipide et innombrable itération. Tout cela n'est pas moi. Ce moi que je crois être l'âme doit lui aussi trouver un chemin en l'ordre des phénomènes. Je n'ai trouvé mieux que les mots et leur musique pour être le sémaphore d'une âme spectrale et putative.

L'écriture est envoûtement: on injecte la temporalité dans ce qui n'en a pas, le rythme et l'harmonie dont le poème est hyménée. Tous ces poèmes n'ont aucune existence intrinsèque, ils ne sont que la relation qu'une âme entretient à elle-même à travers le texte. La littérature est un miroir par où se dérobe aussi l'existence de qui n'a pas d'en-soi.

Il serait toutefois injuste de dire que tout cela n'a nulle valeur; en fait, contempler cette grammaire est un travail de spondanomancien: dans les débris que le vide a laissé sur le monde, une esthétique du sens érige laborieusement le récit d'une tragédie -- nul ne peut demeurer insensible à celle-ci car elle ne sait être autre chose que celle de toutes les consciences.

mercredi 4 juin 2025

Enthousiasme

Il faut chercher -- chercher toujours -- à faire des signes les fins en soi chargées de dévoiler un sens qu'il ne nous appartient aucunement de rendre transcendant. C'est à l'autre d'ourdir par d'échevéennes connexions sémantiques le sens qu'il tisse de ses désirs. Il faut que la manière d'agencer chaque signe, chaque proposition, chaque marque de ponctuation, soit apte à révéler un ordre -- secret mais perceptible -- capable d'attiser le désir de compréhension, capable d'amener le lecteur au travail par lequel son imagination tresse les éléments d'un monde répondant à ses phantasmes inconscients. Il faut qu'il croie trouver dans le système réticulaire de ces glyphes une vérité atemporelle qui l'élève à la divinité qui gît en lui sans qu'il ne puisse la saisir immédiatement. Il faut donc être ce détour par lequel un dieu naît à lui-même. Et c'est cela que l'art procure, ce que l'on nomme: enthousiasme.

Pièces détachées

Face au monde désassemblé, se trouver là et observer chaque élément épars gésir sur le champ des regards... Trouver cela étrange qu'un univers entier puisse être ainsi démonté, par la pulsion infantile de remonter aux fragments primordiaux -- pour tout recommencer.

Se trouver atone et muet face au réel qui ne consent jamais à se dévoiler totalement, à ce Réel sans Vérité.

Que reste-t-il à faire alors? Si ce n'est se lancer dans cette catoptromancie de la conscience réflexive qui ouvre sur l'abîme intérieur...

Ici même les coquillages, lorsqu'on les place contre l'oreille, ne dise rien qu'un son uni menant à des degrés d'hypnose -- induite, bien malheureusement, par notre consentement.

lundi 26 mai 2025

Vulnéraire

Retenir les cris à l'intérieur, pour ne pas déverser son âme au-dehors de soi-même, jusqu'à extrusion totale du noyau d'agonie. En cas de crise, il est formellement nécessaire de clore ses yeux et ses oreilles, de retenir sa respiration et de boucher ses narines, sous peine que l'inexpugnable médiocrité du "monstre bipède" s'infiltre dans la chambre d'isolement et vienne troubler le diapason tout juste tolérable de l'interoception.

Soyez partculièrement prudent à parvenir à l'aporie la plus totale, il n'y a qu'ainsi qu'une violente réaction émétique pourra être évitée qui -- des cas ont déjà été obervés -- pourrait mener, lors de rares complications sévères, à l'extrusion du susmentionné noyau d'agonie.

L'aporie est particulièrement indiquée dans les cas aggravés de misologie avec épisodes aigus de pyrrhonisme purulent externe/interne; mais aussi dans une situation d'insulte matutinale de la part d'un carossier en colère parce que vous avez osé vous garer sur une place de parking libre en face de son enseigne.

Dès lors que l'épisode est suivi par une suffocation partielle via des doses importantes mais non létales de mépris, atrophie inellectuelle et analphabếtisme léger dans une instituion publique de formation des citoyens, il est urgent de consulter un médecin agréé capable de pratiquer l'aporie par injection intracardiaque.

Les effets apotropaïques de l'aporie sont reconnus et attestés par les experts de l'agence nationale de sécurité du médicament. Bien respecter la posologie recommandée par votre médecin.