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vendredi 23 janvier 2026

Les deux humanités

 Toute ma vie d'homme, je l'aurais passé déchiré entre la vie du corps et celle de l'esprit. L'une me procurant des bonheurs animaux, ceux de la coïncidence parfaite, de l'identité, du présent. L'autre celle de la puissance, de la facilité presque mécanique de dérouler une logique qui semble infuser dans mes veines. L'une qui m'étale à la surface des jours, bâtit un corps éclatant de santé, un soleil de vitalité contenue. L'autre un éclatement d'univers, une expansion permanente de l'être, un vertige incomparable, la verticalisation effrénée qui fait de tout instant un départ, de chaque souffle, celui d'un embrasement de l'âme, la production d'un monde infini. Dans l'un, le corps doit périr, corridor de poisons oniriques, émonctoire par où circule d'incandescents tourments. Dans l'autre, le silence d'une âme aphasique, passive et créée, le lent roulement des jours qui passent et forment les anfractuosités d'un destin. Le bonheur est cette absurde croyance qu'il existe entre les deux ce curieux équilibre, encore inouï.

Toute la civilisation s'est bâti sur une névrose: celle de préférer le sacrifice de notre nature au profit de cet art caché d'ourdissage des mondes. La culture glorifie les âmes damnées, les écorchés pressés dans le ciel, comme la griffure de l'âme qui réfute la chair. La culture est une pulsion de mort, mais quel abîme de lucidité où se perdre! Quelle secrète élévation qu'une âme qui s'échappe des prisons de monde pour se faire dieu clandestin qui secrète le tout: une monade oubliée sous la mansarde d'un poème.

Dois-je rendre mon corps plus malade? Est-ce qu'une seule de ces perles vaudra le coup de tout rendre? 

mercredi 12 février 2025

Orphelinat

 La fatigue creuse à l'intérieur de l'homme; à tel point que l'intime subjectivité n'est plus que gouffre, anfractuosité. La douleur de l'effort d'avoir à demeurer simplement au repos fore et perce la substance qui est, à tout autre, le combustible de la joie et de l'accomplissement. L'homme épuisé, malade, souffreteux, est une cave de vacuité où résonne l'écho d'un passé virulent dont il ne reste rien de tangible, que toute la cruelle existence a fini par ronger.

Cette fatigue dont je parle est tel un accident ischémique constitué, elle cèle l'âme en un tombeau d'inertie, de chairs, de sensations algiques, elle tisse par nociception le pandémonium atopique où se débat un homme que les ombres habitent. Plus de matériau pour créer, plus de pétrole pour que le moteur à explosion des désirs et des rêves puisse encore acheminer dans les choses la volonté qui enrage.

Personne ne sait ce qui se passe à l'intérieur de la conque où semblent résonner tous les sons de la vie ordinaire, en sourdine, certes, mais tout de même audibles... Mais cette musique de malheur qu'un cœur en fusion psalmodie, n'est qu'un risible filet qui affleure à la surface d'un univers limbique, empli d'éruptions furieuses, de hurlements et de coups qu'aucun lieu de l'espace ne consent à tenir.

Abandonné dans le temps qui s'écoule, tourbillon de vie syphonné par la bonde d'une maladie inconnue, l'homme dévasté s'en va vers l'entropie, comme une marée trop hardie que l'océan rappelle -- et qui s'accroche encore, dérisoirement faible, aux sables du présent...

En peu de temps, des milliards d'astres étincelants sècheront de la grève la mémoire de la houle qui soulevait, il y a peu, des montagnes de vie de la surface aqueuse.

On peut mourir à l'intérieur de soi, sans que personne ne le remarque, sans faire l'ombre d'une différence, d'une maladie sans nom qui n'a pas d'existence. Le monde, ainsi guéri, pourra bien sacrifier un coq au grandiose Esculape. La vie ne connaît qu'elle-même et renie ses enfants.

jeudi 4 juillet 2024

Opus X

 À l'unisson de cette époque cet esprit sombre et las s'anéantit. C'est la santé perdue probablement qui bat des ailes allègrement vers d'autres astres dont l'aube entame une ascension. Tout de même j'aurais aimé être là pour mon fils encore vibrant de l'Énergie, capable d'agir ici-bas, de rêver un peu, et d'être, encore un tant soit peu, une âme un corps vivants. Mais tout se joue ailleurs, dans l'oscillogramme sinusoïdale de ma vitalité qui bat des ailes pour s'éloigner -- de moi probablement, comme j'aurais dû le faire aussitôt, ainsi que toutes choses vibrantes... Encore quelques pans de ma vie à regarder le piteux édifice s'effondrer: je peux toutefois me consoler, pour une fois il ne s'agit pas de mon fait mais d'une implacable partition musicale composée par trois pies qui tissent sans relâche la musique du monde.

Que cet opus est triste: nocturne parmi les nocturnes. Toute ma vie j'ai plongé dans les courbes: des lettres des destins des corps, et voici que la mienne semble s'infiniser dans la chute finale.

Quelle transcendance lèvera mes paupières? Je n'aurais jamais cru la souffrance infinie...

Je n'aurais jamais cru la souffrance infinie...