lundi 13 juillet 2026

[ Zoé ] Tu peupleras la Terre

 Le premier signe de la servitude est cet élan obscène en avant qui semble vouloir crever le ciel et nous faire posséder de la plus vile des manières les choses. Bander son être comme une corde tendue prête à claquer et projeter son code au cœur de toute altérité -- il n'y a peut-être qu'ainsi que l'on possède une chose, en s'y lovant et, central, y dévorer de l'intérieur cet autre qu'il nous faut assimiler. Toute vie est une forme de dévoration où le sujet n'est qu'un prétexte élaboré à la perpétuation de l'espèce. La petite mort nous rappelle, par l'acharnement obstiné et stupide avec lequel elle se répète, l'inanité de notre entendement, la dérision de notre volonté -- nous a-t-elle seulement, une seule seconde, appartenu celle-ci?

Et l'autre, à côté, qui croit tenir sous ses doigts le chevalier ardent pourfendeur des dragons qui la hantent? Ne voit-elle pas cette verge ridée et exsangue que toute vie semble avoir abandonnée? Ne sent-elle pas qu'en cet instant ces caresses nous semblent pire qu'un viol tant le servile pont de chair qui nous liait s'est alors effondré? Faut-il donc que la chimie excède infiniment la conscience afin que se poursuive le cauchemar de la vie...