mercredi 27 mai 2026

Callophagie

 Être l'impulsion de tout sans l'achèvement du geste abouti, voilà une plaisante punition mythologique. Vivre dans les sagesses qui font les principes des grandes œuvres mais n'en être que le principe brut, rocailleux et irrégulier, requérant l'énergie d'une âme active, la forge des étoiles, le chemin de la constance. Vivre en puissance tout ce qui fait la culture et justifie les statues surplombant les monuments, tous les hommages d'airain que l'on fait au Grand-Être. N'être pas même rien, juste ce peu de chose capable de décevoir.

Cela est vivre sans beauté et, pourtant, vivre pour la beauté. C'est arpenter la poussière des jours une gueule grande ouverte, affamée de sublime et ne pouvoir faire que manger l'éteinte énergie des autres.

Ce qu'on aimerait: c'est pouvoir se dévorer soi-même jusqu'au dernier atome, et que l'immanence de note chair soit un autel de transcendance; que l'acte enfin d'autophagie soit une exquise allégorie du temps, et faire de soi cette œuvre absolue, dont la création même est une destruction, et dont l'acte est achèvement continu.

On pourra dire alors qu'on est parvenu à créer quelque chose, puisqu'on aura pu le détruire ce faisant. Au lieu de suçoter l'indéfinie variété formelle des concrétions gestuelles d'âmes ennivrées de leur beauté, et la dissoudre en cette puissance que l'on est -- et que l'on hait.

Que ne donnerais-je pour me consumer dans la grâce d'une flamme, qui dresse verticale, une suave ondulation aux cieux.