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vendredi 10 juillet 2026

[ Entropologie de l'Eros ] Huitième âge

 Huitième âge de l'amour, où l'on cesse de chercher un labyrinthe. Peut-on vraiment chercher une âme, comme s'il s'agissait de reconnaître en autrui quelqu'un déjà rencontré -- ou pire, quelque idée ou concept... Il faut croire que l'on obtient rarement ce que l'on veut lorsqu'on agit dérisoirement. Quelque chose en nous abandonne et cesse le pathétique manège qui nous amène à traverser les femmes comme des terres hospitalières -- de celles qui intiment au nomade d'enfin prendre racine.

Arrive un jour où l'on sait qu'on ne trouvera rien parce que le concept même d'âme sœur est pathétique, parce que le réel est toujours ce qui fait plier même les théories les plus cohérentes. Toute la vitalité d'un homme peut alors refluer vers un grand large qu'on imagine à défaut de le percevoir. Les matins ne sont plus témoins de ce rituel étrange par lequel on se verticalise pour s'unir à un drap dont le poids nous rappelle une main d'autrefois.

On peut errer ainsi plusieurs années, sans qu'une quelconque femme ne puisse réveiller en soi le moindre élan obscène. On regarde, par habitude, on se croit homme parce qu'on l'a été. Mais ce qu'on est devenu fait mentir nos habitudes, ectoplasme éthéré, conque abandonnée, église inhabitée. On glisse sur le présent dépourvu de désirs, avec pour seule moteur une inertie paresseuse qui maintient l'illusion -- pour autrui.

On cherche sa masculinité, qu'on ne trouve plus dans le marbre sculpté de ce corps qui n'est que simulacre. Quelque femme de passage parvient à réveiller en nous le mouvement réflexe de vaine séduction: on concrétise parfois, par un mélange des fluides dont on reste spectateur impuissant -- et plus on se regarde faire et plus on se dégoûte. Encore, prisonnier du mensonge, encore à buter sur ce mur: et pour quelle raison se forcer à croire qu'est encore là ce qui a disparu?  La réponse est philosophique, c'est-à-dire indéfinie.

On se demande pourquoi se lever et ce qui meut notre carcasse à travers la mélasse des jours pesants. On ne sait plus être homme sans ce sexe qui nous a édifié et que reste-t-il donc de celui qui ne sait se reconnaître dès lors qu'on lui retire sa seule identité?

Huitième âge de l'amour, où tous les masques tombent.