vendredi 10 juillet 2026

[ Entropologie de l'Eros ] Septième âge

 Septième âge de l'amour, où l'on poursuit la jeunesse. Parce qu'elle est miroitante, comme une peau d'océans et qu'il nous faut leur profondeur pour y noyer le remord. La jeune chair inexpérimentée aime éperduement et l'on ne cherche qu'une chose: combler le grand trou noir de note âme, conjurer le mauvais sort. Combien l'homme abîmé est charmant lorsqu'il assume ses blessures, comme il brille de sa virilité lorsque la force est la grand-voile criblée d'entailles qui témoignent des batailles passées.

On séduit l'autre qui n'a pas connu d'océans si profonds que nulle part on n'y a pied. Et l'on se fait l'initiateur, le boutefeu qui allume la mèche d'une flamme de femme qui finira par onduler sous les caresses en réchauffant le monde. On trouvera bien une satisfaction dans le premier vrai râle de jouissance, celui où l'autre s'abandonne et libère la puissance autrefois contenue.

Mais on se lasse de ce qu'on a construit soi-même et il faut s'en aller pour sonder un abîme qu'on ne peut pas comprendre et qui semble sans clef. On veut se perdre dans un labyrinthe pouvant être tombeau, dans le dédale d'une conscience qui ne se livre -- et qu'il faut déplier plusieurs vies durant pour en cartographier les continents.

Alors on se fond dans la nuit, comme on l'a toujours fait, tandis que l'autre pleure dans les draps chauds qu'on a quittés, et la chaude obscurité de l'été nous enveloppe alors que nous déambulons dans d'étroites ruelles et que tambourine en la poitrine cette solitude familière ainsi que la cruelle nostalgie d'un passé non avenu, et peut-être impossible. 

Septième âge de l'amour, où l'on bâtit des femmes qu'aimeront d'autres hommes.

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