jeudi 28 mai 2026

Chronique empyréenne

Il y a des clairères où se baigner de poudre solaire. La flore hirsute ondule et se déhanche, piste isolée d'une banlieue galactique où dans les slows s'enlacent plantains et lamiers pourpres. Éole est musicien, DJ tisseur de rythmes aériens auxquels aucun humain ne résiste: celui qui s'aventure là est spasmodiquement parcouru de secousses, les bras magnétisés par les cieux se déploient doucement et l'âme exulte d'émois photosynthétiques. Et dans la canopée des bulles fusent en réseaux vasculaires, pétillent d'incandescente rosée, ensemencent l'atmosphère. Un train d'épaules avance circulairement quand l'étrange cheminée crache un souffle syncopé qui structure le monde, fait obéir le temps. C'est tout le corps alors qui de chair est durée, devient vapeur évanescente et circonvolutions d'Eros. L'ombre est celée d'âme concrète, pétrole inaperçu dans les cales d'un navire interstellaire qui perce du temps les coffre-forts.

La mémoire... La mémoire nous a perdu -- d'équation résolue... Et tout humain avance, inexorablement... Condamné et perdu de sa victoire cosmique, Horloger des étoiles, œil vaste qui veille sur le monde endormi.

mercredi 27 mai 2026

Callophagie

 Être l'impulsion de tout sans l'achèvement du geste abouti, voilà une plaisante punition mythologique. Vivre dans les sagesses qui font les principes des grandes œuvres mais n'en être que le principe brut, rocailleux et irrégulier, requérant l'énergie d'une âme active, la forge des étoiles, un chemin de constance. Vivre en puissance tout ce qui fait la culture et justifie les statues surplombant les monuments, tous les hommages d'airain que l'on fait au Grand-Être. N'être pas même rien, juste ce peu de chose capable de décevoir.

Cela est vivre sans beauté et, pourtant, vivre pour la beauté. C'est arpenter la poussière des jours une gueule grande ouverte, affamée de sublime et ne pouvoir faire que manger l'éteinte énergie des autres.

Ce qu'on aimerait: c'est pouvoir se dévorer soi-même jusqu'au dernier atome, et que l'immanence de note chair soit un autel de transcendance; que l'acte enfin d'autophagie soit une exquise allégorie du temps, et faire de soi cette œuvre absolue, dont la création même est une destruction, et dont l'acte est achèvement continu.

On pourra dire alors qu'on est parvenu à créer quelque chose, puisqu'on aura pu le détruire ce faisant. Au lieu de suçoter l'indéfinie variété formelle des concrétions gestuelles d'âmes ennivrées de leur beauté, et la dissoudre en cette puissance que l'on est -- et que l'on hait.

Que ne donnerais-je pour me consumer dans la grâce d'une flamme, qui dresse verticale, une suave ondulation aux cieux.

Vaine passion

Au bout de la souffrance est une autre souffrance. Et, parfois, la fin d'un long tourment avive la douleur d'être sec; car l'âme s'abreuve d'alme souffrance. Ainsi fluctue la douleur de ceux qui ceuillent l'ombre pour y fleurir au cœur. Le sinusoïde algique de ce curriculum est néanmoins constellé de ces joyeuses plages, où quelque chose comme le bonheur cherche à se faire substance, à être positivement et trouver une essence. Mais la fleur du temps est éphémère, ses floraisons suivent une stricte saisonnalité: la relation est première, la joie n'est que l'ombre de la peine, celle-ci le sillage de la joie.

Nous ne trouverons rien au bout de ce voyage, rien d'autre que la nécessité de fendre jours et heures, pour ne pas se faire déchirer par cette flèche empoisonnée du temps -- et le temps est liqueur au dipsomane averti.

C'est vrai que nous sommes un néant, aspiré par les choses pour les séparer d'elles-mêmes. Reste à savoir comment ce qui n'est rien pourrait être aspiré... Dilemmes ontologiques, vous bâtissez le cercle aporétique où s'épuise l'homme. Ce cercle est le signe d'un refus cosmique: celui de fournir à l'angoisse la niche où se tenir en laisse. L'homme est son propre dieu, chacun des chocs heurtant le signifiant algique est le projet d'un monde, l'effet d'un principe sans racine et sans fondement, et qui doit se porter lui-même en même temps que le monde.

C'est une vaine passion que l'homme. 

dimanche 24 mai 2026

Rêves gazeux

 Fais ce que tu aimes

Et plus jamais n'écrit "poème"

Sur l'ivre gaz de ces souhaits

En vérité 

La volonté ne sait vouloir

Vous voudriez

Quant à vous tout avoir

Vous mentiriez

Pour un instant y croire

Et pourtant...

Le monde un simple signifiant

Qu'il faut plier

Comme un papier gonflé de sens

Où l'âme trop anxieuse

N'y voit bien qu'elle-même

Anankastique est le voile

Qu'on jette sur ses riens

Il faut coudre une étoile

Sur l'envers de la peau

Le feu qui brûle en dedans

Fait-il de nous plus qu'une voûte

Un carrefour de vents

Qui sifflent un passage

Et que t'importe après tout

Qu'ombre soit ton visage?