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vendredi 10 juillet 2026

[ Entropologie de l'Eros ] Septième âge

 Septième âge de l'amour, où l'on poursuit la jeunesse. Parce qu'elle est miroitante, comme une peau d'océans et qu'il nous faut leur profondeur pour y noyer le remord. La jeune chair inexpérimentée aime éperduement et l'on ne cherche qu'une chose: combler le grand trou noir de note âme, conjurer le mauvais sort. Combien l'homme abîmé est charmant lorsqu'il assume ses blessures, comme il brille de sa virilité lorsque la force est la grand-voile criblée d'entailles qui témoignent des batailles passées.

On séduit l'autre qui n'a pas connu d'océans si profonds que nulle part on n'y a pied. Et l'on se fait l'initiateur, le boutefeu qui allume la mèche d'une flamme de femme qui finira par onduler sous les caresses en réchauffant le monde. On trouvera bien une satisfaction dans le premier vrai râle de jouissance, celui où l'autre s'abandonne et libère la puissance autrefois contenue.

Mais on se lasse de ce qu'on a construit soi-même et il faut s'en aller pour sonder un abîme qu'on ne peut pas comprendre et qui semble sans clef. On veut se perdre dans un labyrinthe pouvant être tombeau, dans le dédale d'une conscience qui ne se livre -- et qu'il faut déplier plusieurs vies durant pour en cartographier les continents.

Alors on se fond dans la nuit, comme on l'a toujours fait, tandis que l'autre pleure dans les draps chauds qu'on a quittés, et la chaude obscurité de l'été nous enveloppe alors que nous déambulons dans d'étroites ruelles et que tambourine en la poitrine cette solitude familière ainsi que la cruelle nostalgie d'un passé non avenu, et peut-être impossible. 

Septième âge de l'amour, où l'on bâtit des femmes qu'aimeront d'autres hommes.

mardi 28 avril 2020

Ceux des intermondes

Que font mes semblables de ceux des intermondes? Ceux que le vide appelle comme injonction à voyager. Ceux qui bâtissent les ponts entre royaumes?

Tous se précipitent en des empires de mots, de concepts concrets, cristaux de valeurs cimentées par le liant des fois concrétisées. Le paysage de l'existence est quadrillé d'autoroutes qui mènent à ces mégalopoles de certitude. Chacun s'y terre et s'y déleste de tous ses vertiges. Les peurs sont comme des bagages qu'il faut poser ici, au sein des autres, qui crient plus fort que tout. Tout est défiguré ici, le devenir hypostasié, les valeurs imposées, mes semblables ont toujours été fascinés par ceux qui ne contemplent plus et tracent des sépultures dorées derrière leurs paupières closes...

Moi je ne suis pas d'ici. Je tends le fil entre les mondes morts, m'agite par-dessus le vide. Ma croyance est infime, elle n'est que pragmatique, chemin qui s'efface sitôt parcouru.

Je ne comprends que trop bien la fascination des humains pour les hérauts des vérités. Chacun veut se reposer à l'ombre de l'autorité. Chacun veut être protégé par la tangible opacité d'opinions naturalisées.

Quelle rôle ont les esprits nomades, qui dénouent les comos par un regard lucide et s'en vont sur des routes encore inempruntées... Quelle légalité pour ceux de cette race? Les tziganes de la pensée, les vagabonds des sentes éphémères qui traînent dans leur balluchon le ferment d'une altérité. L'ailleurs, l'autre, c'est le doute dont tout le monde souhaite se débarrasser.

Nous sommes encombrants, étiquetés acosmiques parce que du multivers, et d'une réalité changeante comme les saisons.

Nous sommes le devenir renié, inarraisonnable, celui qu'on ne peut anticiper, le sans confort.

Une croyance ou tout un monde entier sont autant de demeures: des murs pour cacher l'horizon fuyant, un sol pour ne pas voir le vide, et puis un toit pour cacher les confins immenses qui nous font minuscules...

mercredi 6 mars 2019

[ Terres brûlées ] Sang vert des mont neigeux

Dans la vallée sans larme sinue la ganse bleue, la rivière joue de charmes aux dessous argileux. Le poudroiement des fleurs sur fond d'ivre verdure et le nuancier ocre des flancs de la collines s'élèvent sous mes pieds, lèchent mon aspiration céleste, mon âme est partagée entre errances stellaires et fruits murs de la terre.

Le territoire insulaire offre son éventaire, jette sur les yeux d'indéfinies couleurs de feu tandis que la monochromie neigeuse des monts surveille de son perchoir ce paradis perdu, îlot si dérisoire. Petite route montagneuse, terre où s'impriment les roues crantées de noir, fraîcheur du soir qui descend pour un bain de douceur en la prairie de fleurs.

Comment tant d'opposés parviennent à se marier dans une agonie atomique, ce monde ondulatoire grignote les frontières, accorde chaque note en gamme chromatique, dissous dans son étoffe les vaines identités. Dans ma veine: entité nomade, en dérive au long des frondaisons froissées par le vent des montagnes. Au loin, en bas, je vois hennir des ânes. Des femmes aux voiles rouges, bleus, verts, djellabas versicolores ondulant comme flammes des vapeurs de terre.

Sur la tête ébouriffée des grands palmiers hirsutes, quartiers de dattes amoncelés, qui pendent en un balancement sucré. L'écho de mon regard entre les murs arides, l'enfance peut s'ébattre en ces gorges liquides.

Là, dans la terre abreuvée, germent les graines de mes vers retrouvés, sur ce lit d'émeraude, source vive et si chaude, où s'élèvent les sèmes de l'exquise palmeraie.